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La CSRD dans le CAC 60

Depuis 2024, les grandes entreprises européennes publient chaque année, sous le contrôle de leurs commissaires aux comptes, ce que leur activité fait au climat, à l’environnement et aux personnes. Voici ce que la lecture de leurs 55 rapports fait apparaître. Les définitions sont dans le Lexique.

L’essentiel en un coup d’œil

7 658 pages d’état de durabilité ont été lues pour établir ces fiches, soit 139 pages par société en médiane. Elles portent sur les exercices 2025 et 2026 — l’année de clôture diffère pour les sociétés dont l’exercice ne suit pas l’année civile.

Ces chiffres ne se comparent pas

Une entreprise ne rejette pas seulement du CO2 par ses usines et ses camions. Il y en a aussi chez ses fournisseurs, et surtout quand ses clients se servent de ce qu’elle vend — l’essence brûlée par la voiture, l’électricité avalée par l’appareil. Cette dernière part est presque toujours la plus lourde. Or chaque entreprise décide elle-même si elle la compte dans son total. Sur les 55 rapports lus ici, 19 ne la comptent pas du tout.

Un an d’émissions, en millions de tonnes de CO2
  • compté dans le total annoncé
  • publié à part, laissé hors du total
  1. Michelin, le total qu’elle annonce13,8
  2. Renault, le total qu’elle annonce107,3
  3. Michelin, en comptant l’essence que ses pneus font brûler125 laissés dehors138,8

Michelin paraît donc émettre huit fois moins que Renault. En comptant les 125 millions de tonnes que ses pneus font consommer — un chiffre qu’elle publie, mais à part —, elle en émettrait davantage. Le classement s’inverse sans qu’aucune tonne de CO2 n’ait changé : seule la règle de comptage a changé.

Le cas des avionneurs est plus net encore. Airbus annonce 493 millions de tonnes, dont la quasi-totalité est le kérosène que brûleront les avions vendus pendant toute leur vie. Dassault Aviation, qui construit aussi des avions, ne publie aucun total : elle déclare ne pas savoir estimer cette part de façon fiable, et ses commissaires aux comptes ont formulé une réserve à ce sujet. Comparer un tel chiffre à une case vide n’a aucun sens.

C’est pourquoi ce site ne propose ni classement, ni score, ni tri sur les données de durabilité. Chaque fiche indique ce que le chiffre recouvre et ce qu’il laisse de côté : c’est cela qu’il faut lire avant le chiffre lui-même.

Ce qui revient dans les rapports lus

Aucune vérification n’atteint le niveau appliqué aux comptes. Les 55 rapports sont tous certifiés en assurance limitée : l’auditeur conclut n’avoir « pas relevé » d’anomalie, une formulation négative. Aucune société n’est passée à l’assurance raisonnable.

La remarque d’auditeur n’a rien d’exceptionnel. 21 rapports sur 55 portent un paragraphe d’observation — le plus souvent sur les incertitudes de mesure des émissions indirectes, ou sur la fragilité d’un sujet écarté comme non significatif. C’est souvent le passage le plus informatif du document.

Un seul auditeur signe très souvent. 20 fiches sur 55 ne portent qu’une signature, y compris chez des sociétés qui ont bien deux commissaires aux comptes pour leurs comptes financiers : le co-commissariat n’est pas exigé sur la durabilité.

La neutralité carbone n’est pas la norme. 28 sociétés sur 55 déclarent viser zéro émission nette. Les autres s’en tiennent à des jalons intermédiaires, quand elles fixent une cible.

Les sujets que les sociétés retiennent

Chaque société détermine elle-même les sujets sur lesquels elle doit rendre compte, par une analyse dite de double matérialité. Voici combien, sur les 55 rapports lus, traitent chacun des dix sujets prévus par les normes.

  • Changement climatique55/55
  • Personnel de l'entreprise55/55
  • Conduite des affaires55/55
  • Travailleurs de la chaîne de valeur48/55
  • Ressources et économie circulaire46/55
  • Consommateurs et utilisateurs finaux44/55
  • Pollution34/55
  • Eau et ressources marines34/55
  • Biodiversité et écosystèmes33/55
  • Communautés affectées33/55

Un sujet écarté ne veut pas dire un sujet ignoré : il signifie que la société a conclu, après analyse, qu’il n’était significatif ni pour son activité ni pour ses parties prenantes.

Les 60 sociétés

Une case par société
  • 55rapports analysés
  • 5sociétés hors du champ

Rapports analysés 55

Chaque fiche cite son document source, son chapitre et ses pages.

Hors du champ de la directive 5

Ces sociétés ne doivent pas de rapport, pour un motif juridique et non de qualité.

  • AbivaxABVXAbivax, biotech en phase clinique sans produit commercialisé, ne publie aucun état de durabilité au sens CSRD/ESRS dans son Document d'Enregistrement Universel 2025 : ni « ESRS » ni « CSRD » n'y apparaissent, et sa table de concordance indique explicitement « sans objet » à la ligne « Déclaration de performance extra-financière ». La société reste sous les seuils d'application de la directive, dont le calendrier pour les PME cotées ne débute qu'à partir de l'exercice 2026, avec report possible jusqu'à 2028.
  • ArcelorMittalMTArcelorMittal n'établit pas d'état de durabilité au sens de la CSRD. Son rapport de durabilité 2025 précise qu'il est préparé selon le droit luxembourgeois transposant l'ancienne directive sur la publication d'informations non financières, le Luxembourg n'ayant pas encore transposé la CSRD.
  • Eurofins ScientificERFEurofins Scientific SE, domiciliée au Luxembourg, publie ses informations de durabilité dans un rapport ESG séparé, sur une base volontaire, en s'appuyant explicitement sur l'article 68bis, paragraphe 5, de la loi luxembourgeoise du 19 décembre 2002 tant que le Luxembourg n'a pas transposé la CSRD. Ce rapport ESG précise lui-même qu'il n'a fait l'objet d'aucun audit, vérification ou revue par un tiers indépendant et qu'il ne constitue pas une information réglementée.
  • StellantisSTLAPStellantis N.V., domiciliée aux Pays-Bas, précise dans la base de préparation de son état de durabilité (ESRS 2 BP-1) que les Pays-Bas n'avaient pas transposé la CSRD en droit néerlandais à la date de son rapport annuel 2025, et que cet état de durabilité au format ESRS est donc établi sur une base volontaire plutôt qu'en application de l'obligation légale.
  • STMicroelectronicsSTMPASTMicroelectronics N.V., domiciliée aux Pays-Bas, écrit dans l'introduction de son état de durabilité 2025 que les Pays-Bas n'ont pas transposé la CSRD, que le projet de loi de transposition est suspendu dans l'attente de la directive Omnibus, et qu'« étant une société constituée et régie par le droit néerlandais, cela signifie que nous ne sommes pas légalement tenus de publier conformément à la CSRD au titre de 2025 ». Le groupe précise qu'aucune autre entité du groupe ST n'y est légalement tenue et qu'il s'agit de sa deuxième année de publication volontaire. L'état est néanmoins complet et vérifié en assurance limitée par un auditeur indépendant.

Aucun rapport n’est introuvable : toute société cotée doit déposer son document d’enregistrement universel auprès de l’Autorité des marchés financiers, où il reste consultable. Ce que la réglementation n’impose pas, c’est un lien de téléchargement direct et stable sur le site de la société — la CSRD laissait cette faculté aux États membres, et la France ne l’a pas retenue.